Dans l’océan, le son, c’est la vie - La pollution sonore est un fléau pour la vie sous-marine

Publié le par La-Baule-360.Reputation-3D

Dans l’océan, le son, c’est la vie - La pollution sonore est un fléau pour la vie sous-marine

Dans l’océan, le son, c’est la vie - La pollution sonore est un fléau pour la vie sous-marine

Le bruit sous-marin est probablement la goutte d’eau qui va déclencher un déséquilibre irréversible au niveau des océans

Michel André, bioacousticien

Il faut faire vite et accélérer la mise en place de régulations, insiste Olivier Adam. La France, qui dispose du deuxième espace maritime mondial après les Etats-Unis, a un rôle moteur sur tout ce qui concerne les océans : elle pourrait être un très bon exemple, avec les régulations qu’elle met en place, pour l’ensemble de la communauté internationale.

Michel André, bioacousticien

Le bruit généré par les activités anthropiques altère l’équilibre de la vie sous-marine, mettant en péril la survie d’espèces animales comme végétales.

Pour les scientifiques, il est urgent d’œuvrer pour la réduire ce phénomène.

 

Elle a beau être invisible, elle n’en est pas moins dévastatrice. La pollution sonore générée par certaines activités humaines, tels le transport maritime, la prospection sismique pétrolière et gazière, les activités militaires ou encore la construction d’éoliennes en mer, n’a eu de cesse de s’amplifier depuis le début du XXe siècle, bouleversant au passage l’équilibre des milieux marins.

A ce jour, pourtant, aucune réglementation internationale n’existe pour limiter de façon contraignante les émissions de bruit dans l’eau.

Dans l’océan, le son, c’est la vie : tous les habitants du milieu marin, faune et flore, en dépendent, explique Michel André, directeur du laboratoire d’applications bioacoustiques à l’université polytechnique de Catalogne, à Barcelone. Il n’y a aucun autre moyen de communication qui permette les échanges d’informations vitales sous l’eau, sachant que la lumière, par exemple, ne pénètre que de quelques mètres sous la surface.

Michel André, directeur du laboratoire d’applications bioacoustiques à l’université polytechnique de Catalogne, à Barcelone

« Une agression constante »

Stress, changement d’habitat, altération du comportement, perte d’audition, arrêt du nourrissage…

Les conséquences de la pollution sonore pour la vie sous-marine peuvent être graves.

Dans les zones proches d’activités humaines intenses, il faut imaginer « un brouhaha constant, 24 heures sur 24, et aucune possibilité de s’isoler… C’est une agression constante », déplore le professeur André. Un peu comme si nous, humains, qui sommes très dépendants de la vision, devions subir en permanence des flashs de lumière blanche qui nous empêcheraient de dormir, de travailler ou tout simplement de nous sentir bien, illustre-t-il.

Il arrive même que des animaux en meurent

Certains sonars militaires, par exemple, sont tellement agressifs que les cétacés viennent à proximité des côtes pour essayer de sortir de l’eau, et finissent par s’échouer, relate . Il y a également eu beaucoup d’observations d’échouages lors d’opérations de prospection pétrolière…

Olivier Adam, professeur à Sorbonne Université (Paris) et spécialiste de bioacoustique

Il est aussi probable, selon le chercheur, que la présence récente de mammifères marins dans la Seine – un béluga et une orque – ait été favorisée par la pollution sonore, qui a pu déstabiliser et stresser des animaux par ailleurs déjà très affectés par les activités de pêche (occasionnant une raréfaction de la nourriture) et par la pollution plastique.

Si l’essentiel des travaux menés depuis une vingtaine d’années pour documenter les effets délétères de la pollution sonore sous-marine concerne des espèces de cétacés, des données sur les poissons, les invertébrés, les algues, voire le plancton, commencent à émerger. L’équipe de Michel André a par exemple montré que même si les invertébrés marins (céphalopodes, méduses, crustacés, coraux…) n’ont pas d’oreilles, ils sont sensibles aux vibrations sonores et les utilisaient pour « gérer leur gravité ». Idem pour certaines plantes aquatiques, les herbiers de posidonies, qui utilisent ces vibrations pour trouver le fond marin et s’enraciner, selon des résultats publiés l’an dernier. « Le constat que l’on fait désormais, c’est que tous les écosystèmes marins sont concernés », appuie le bioacousticien.

Le trafic maritime mondial à une instant 't' - source https://www.vesselfinder.com/fr

Le trafic maritime mondial à une instant 't' - source https://www.vesselfinder.com/fr

Or, question bruit, les activités humaines ne laissent que peu de répit aux océans.

On estime par exemple qu’au cours des cinquante dernières années, les émissions sonores basses fréquences liées aux déplacements de bateaux ont été multipliées par trente-deux le long des principales routes de transport maritime.

La trêve du Covid-19

Autour des côtes françaises métropolitaines, c’est « globalement très bruyant », souligne Olivier Adam. Il existe d’importantes zones de bruit dans le monde au niveau du détroit de Gibraltar, dans le Sud-Est asiatique, dans la Manche ou encore dans la région de Boston…

Dans cette cacophonie permanente, la période de confinement liée à la pandémie de Covid-19, début 2020, a été synonyme de petite trêve.

Marion Poupard, chercheuse au laboratoire d’informatique et systèmes de l’université de Toulon, raconte qu’en Méditerranée, « on arrivait à croiser des rorquals et des dauphins pas loin des côtes, alors qu’en temps normal, il faut faire plusieurs kilomètres pour en voir ». Un peu comme les canards qui ont pu se balader tranquillement dans les rues de Paris, l’espace de quelques semaines.

Cette observation pourrait en partie être liée à la baisse du nombre de décibels sous l’eau, dans cette zone habituellement sillonnée par les ferries, les navires de transport maritime et les bateaux de plaisance. La chercheuse a par exemple montré, dans une étude menée de 2015 à 2018 et publiée en février dans Scientific Reports, que la zone située entre Port-Cros et Porquerolles, au large d’Hyères, était boudée par les cachalots aux heures de la journée où le bruit sous-marin était le plus important… ce qui s’est avéré en lien avec le passage des ferries entre la Corse et le continent. L’équipe cherche actuellement à quantifier le niveau de bruit produit par d’autres activités humaines, comme lors de la compétition de jet-ski organisée dans le golfe de Saint-Tropez en juin dernier.

2015 Long Beach To Catalina & Back IJSBA Offshore Endurance National Championship

Des pistes de régulation

Le travail des scientifiques est indispensable pour permettre aux citoyens, aux politiques et aux industriels de prendre conscience de l’impact de cette pollution qui ne se voit pas.

 « Le bruit sous-marin est probablement la goutte d’eau qui va déclencher un déséquilibre irréversible au niveau des océans », alerte Michel André, selon qui il faut des « décisions drastiques » face à un « point de rupture » qui approche rapidement – c’est une question de « quelques années à peine ».

  • Réduction de la vitesse des bateaux,
  • Utilisation d’hélices plus silencieuses,
  • Isolation des salles des machines,
  • Identification de zones d’intérêt à préserver…

Les pistes pour réduire le bruit sous l’eau et ses impacts sur le vivant sont multiples.

Le port de Vancouver, au Canada, permet par exemple aux bateaux les plus silencieux de bénéficier de taxes portuaires réduites. Il est aussi possible d’agir au niveau individuel en consommant davantage local, car cela permet de réduire le volume de marchandises transportées par voie maritime, estime le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW).

Olivier Adam participe au festival Darwin Climax 2022, organisé du 9 au 11 septembre à Bordeaux.

Le Monde prend part aux débats : dimanche 11 septembre, retrouvez-nous pour la table ronde « Péril en haute mer », autour de François Chartier (chargé de campagne Océan à Greenpeace France), Emma Wilson (chargée de plaidoyer à Deep Sea Conservation Coalition), Oliver Adam (spécialiste de bioacoustique, professeur à l’université Pierre-et-Marie-Curie) et Marie Toussaint (députée européenne Les Verts/Alliance libre européenne).

Découvrez le programme complet des conférences sur le site de Climax Festival.

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